Nous étions réunis pour une nouvelle édition de notre dîner « Avant je pensais que… » au Bouillon République que nous remercions pour son accueil.
Pour revenir avec vous sur les temps forts de notre soirée, nous vous partageons la chronique si juste de Judith Cohen Solal, qui nous a fait l’honneur d’assister au dîner et qui en a fait sa chronique à la radio ce matin. Elle est la conceptrice de « CoExist » une pédagogie contre le racisme et l’antisémitisme en milieu scolaire, et nous la remercions vivement.
« Avant hier soir, je pensais que depuis le 7 Octobre tous les espaces d’amitié et de rencontres entre les juifs et les autres, avait perdu de leur élan, une grande partie de leurs protagonistes et qu’essentiellement les concepts se retrouvaient vides de leurs troupes.
Et pourtant,
« Avant je pensais que… », était justement le thème de la rencontre organisée par « Langage de Femmes » hier soir au « Bouillon République » où je me suis rendue, à l’invitation d’une amie.
Dans ce lieu simple, chaleureux et un peu bruyant, la parole a circulé avec une forme de vérité que les salles feutrées n’autorisent pas toujours.
La soirée était ouverte aux messieurs et des membres de l’association pour la mémoire Tutsis « Ibuka » étaient présents .
Beaucoup de jeunes et de moins jeunes.
Nous étions environ 80, réunis autour d’une proposition: déconstruire les préjugés, tisser des ponts, apprendre les uns des autres, dans le respect, la curiosité et l’empathie.
�Pas pour se féliciter mais pour accepter d’être déplacés par l’histoire de l’autre — ce qui n’est jamais un exercice confortable.
« Langage de Femmes » qu’est ce donc me direz vous ?
Une association de fraternité enfin plutôt de sororité !
Fondée en 2017 par Samia Essabaa et Suzanne Nakache — rejointes dès le départ par des personnalités comme Anne-Marie, qui fut la première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, ou encore Aude de Thuin — l’association s’est donnée pour mission de lutter contre le racisme, l’antisémitisme et toute forme de haine.
Elle rassemble aujourd’hui des centaines de femmes de tous âges, origines, croyances, générations, milieux sociaux, de tous les domaines professionnels, chacune apportant ses compétences, son histoire, sa voix.
C’est dans ce même esprit qu’elle porte un projet annuel: un voyage à Auschwitz auquel participent chaque année 180 femmes.
Juives, musulmanes, chrétiennes, athées, de tous horizons ; certaines qui connaissent cette histoire intimement, d’autres qui la découvrent presque entièrement.
Celles qui y étaient déjà allés nous en ont parlé: quelque chose de particulier se passe : les mémoires se croisent, se répondent, parfois se bousculent. Ecouter l’histoire de l’autre et réaliser qu’elle est aussi la sienne.
J’ai découvert aussi, introduite par Suzanne Nakache, Chakameh Bozorgmehr, écrivaine franco-iranienne, qui nous a parlé de son dernier livre, « Vivre en double », de sa double identité et de son tiraillement permanent entre deux mondes. De son amour pour ses deux pays aussi et de son habitude depuis vingt-quatre ans qu’elle est en France, de mettre du vernis rouge. Tous les jours.
Parce qu’en Iran, sous le régime des mollahs, le rouge est interdit aux femmes. Ce rouge dit pour elle plus sur la liberté que bien des discours.
De ces petits gestes qui deviennent, dans certains contextes, des actes de résistance symbolique.
Chaque table avait pour mission, entre plat, dessert et discussions animées, de faire émerger des idées de projets concrets. Les propositions ont fusé au moment des compte rendus:
théâtre-forum pour mettre en scène les clichés et les déconstruire, ateliers artistiques pour travailler sur les représentations, un calendrier de l’Avent consacré aux stéréotypes, une idée de cuisine partagée — juive et arabe — et de « soirée de l’empathie » pour apprendre à comprendre l’Autre.
Nous nous sommes rappelé que les préjugés, quels qu’ils soient, obéissent aux mêmes mécanismes — qu’ils visent une origine, une religion, un genre…
Et l’idée de travailler sur ses propres préjugés a trouvé sa place.
Chacun a partagé des expériences de préjugés comme ce père tutsi, chrétien, qui racontait qu’à la cantine, on a refusé de servir du porc à son fils, puisque noir : « Ah non, toi tu n’en manges pas. »
Une phrase probablement dite sans malveillance.
Une leçon sur les détails du quotidien, habités de fantasmes qui forgent les stéréotypes, des préjugés banals allant jusqu’à la haine.
C’est ainsi que les choses commencent à bouger, lentement mais réellement : en laissant aussi la complexité s’exprimer.
Candy Srour, la Présidente depuis deux ans de Langage de femmes, nous a confié que des choses avaient changé depuis une soirée de Souccoth ouverte et partagée dans une belle union, le 3 Octobre 2023 avec une centaines de femmes.
« Nous avions un groupe what’app » pour cette soirée et le lendemain du 7 Octobre autant que les jours suivants. Il est resté muet … plus encore une partie des femmes s’est retirée du groupe.
Depuis, nous avons compris qu’il ne suffit pas d’être animées de bonne intentions mais qu’il faut prendre les sujets de face, à bras le corps même parfois, et les travailler ensemble.
Et vous voyez, il y a encore beaucoup de gens qui ont envie de le faire! »
Un vrai bol d’air qui donne de l’espoir et un peu de lumière! Merci Langage de Femmes ! »